Editorial du président

Eric Nizard, Président d’EESTEL

Nous ne vivons pas une révolution numérique, mais plusieurs en même temps. Les processus qui associaient naguère l’humain et le réel, sont accélérés et comprimés via le numérique. Il y a moins de matériel, moins de délai, et, à l’intérieur de ces processus, moins d’humain.

Nous constatons aussi la mainmise des géants de l’Internet (GAFA, …) sur de nombreux pouvoirs, comme celui de formater et de véhiculer l’information, et surtout celui de disposer d’informations personnelles sans limites sur de nombreux individus. Cette mainmise est démultipliée par leurs moyens financiers, lesquels s’accroissent inexorablement.

Parmi les processus numériques, ceux qui mettent en jeu des transactions commerciales sont, individuellement, plus sensibles. Ils s’adossent à des procédures sécurisées. Mais l’un des effets de l’ubérisation de la société, c’est que la commercialisation des échanges se banalise, y compris au sein des entreprises, dont les ressources humaines seront de moins en moins salariées.

Quant aux individus, ils étaient auparavant protégés par les Etats, au moins dans les démocraties. C’est de moins en moins le cas, les Etats s’affaiblissent, étant soumis à des forces nouvelles qu’ils n’ont pas vu venir et qu’ils ne savent ni maîtriser ni même contrôler. Ils peuvent de moins en moins rassembler et protéger leurs administrés.

Il apparaît également que les Etats manquent cruellement d’expertise en numérique, transactions et gestion de l’identité numérique. S’ils ne comblent pas rapidement ces lacunes, ils sont condamnés à continuer à s’affaiblir.

Un autre défi majeur, pour l’ensemble de nos sociétés, est de redonner aux citoyens de ce monde, le pouvoir sur leurs données personnelles.

Peut-on encore le faire ? Est-il encore possible de traiter distinctement le commerce et la gouvernance des populations ?

S’il est encore temps d’agir, quels seront les vecteurs de cette renaissance ? L’Etat ? Pourquoi pas, mais à condition de modifier profondément l’ADN de ses dirigeants et les missions réelles de ses administrations. A condition aussi de se doter d’une vision et d’une expertise indépendante dont la plupart des Etats sont loin de disposer aujourd’hui. D’autres modèles de gouvernance du bien commun restent à imaginer et à mettre en œuvre. Une Blockchain « zéro Etat » ? Les atouts de cette technologie sont la sécurité et la confidentialité. Mais la Blockchain a des faiblesses en capacité de traitement des transactions. Dans ce cas, qui va lancer le projet de nouvelle démocratie par la Blockchain, sans retomber dans une pseudo gouvernance centrale ?

Quels que soient les scenarii envisagés, Il y a des besoins régaliens et marchands d’expertise en systèmes de transactions électroniques. Les experts sont devant le défi colossal de maîtriser des forces centrifuges, d’une part celles qui enrichissent et sécurisent les transactions, qu’ils accompagnement via leur expertise, d’autre part celles qui ciblent les données personnelles, donc la vie privée, qu’ils ont à contenir, via leur même expertise.

Les experts, notamment ceux d’EESTEL dont la compétence, la vision globale et l’indépendance de jugement sont des atouts pour répondre à cet immense défi, ont un rôle important à jouer dans cette démarche.